Quand vous prenez la station Biblioteka Imini Lenine par le nord, vous avez toujours une impression d’empereur romain devant le forum. En haut de vos 15 petites marches, vous surplombez un instant la masse grouillante, avant de plonger vous aussi.
Un jour de semaine classique, une heure de pointe moscovite. Mon petit manteau rouge et moi, nous nous faufilons entre les cuirs synthetiques noirs, les foulards fleuris, les cabas, les costars-cravates en satin roses, et les bottes aux talons interminables.
Nous voila enfin sur le quai, juste derriere la ligne blanche. Le dernier train est passe il y a 1 minute 32, 33, 34, 35… quand le bruit de la rame de metro qui arrive se rapproche.
Les portes s’ouvrent, un flot de personnes en sort, pour laisser rentrer l’autre vague. Je me cale au fond, contre la porte. A quelques centimetres de moi, il y a la barre metallique qui m’empechera de m’effondrer sur mon voisin punk au premier brusque freinage, chose frequente dans les metro moscovites, et dont la force d’inertie est telle que vous ne POUVEZ pas resister. C’est positivement plus fort que vous, meme en position surf.
Mais entre cette barre et moi, il y a ce genre de babouchka au regard mauvais dont vous n’aimeriez pas etre le petit fils. comment inserer ma main ? l’acceleration du metro deplace legerement son corps lourd, juste de quoi me glisser !
10 bonnes minutes passent, j’ai le temps de m’entrainer a la lecture du cyrillique.
Place de choix, confortable, mais risquee a cette heure de la journee.
“Stantsia Tchisty Prudi”, ah c’est pour moi ca. Maintenant strategie de sortie. Reperage des lieux : entre la porte et moi, 2 metres, 25 personnes. Chaleur etouffante, bruit, ignorance du russe (et notamment de “pardon ! je descends la!), les conditions ne sont pas optimales.
Je tente une attaque frontale en poussant mes aimables co-voyageurs, si bien qu’en quelques secondes je suis devant la porte. Je crois voir la lumiere, mais deja le flot de nouveau metroyiens s’engouffre. Ach ! un tsunami, je suis perdue ! Une force inexorable me repousse vers l’arriere, j’ai beau camper sur mes deux pieds, mon poids presque plume ne le fait pas.
Quand soudain une large main sort de ce flot entrant, une de ces mains a la fois fermes et chaleureuses, une main burinee mais elegante, au bout d’un manteau brun. Cette meme main se place dans mon dos et me pousse genereusement vers la sortie.
Sauvee par une main!
Je respire, j’enleve mon manteau rouge et me poste sur ma marche d’escalator pour reprendre mes esprits.
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