La mode Russe perce mais manque de maturite

peopleski.jpgSi l’on en croit Paco Rabanne, venu lancer son nouveau parfum Black à Moscou le 9 novembre dernier, «  les femmes les mieux vêtues du monde sont à Moscou et la Russie possède d’excellents stylistes ». Lorsque les journalistes russes lui ont demandé de citer des noms de couturiers russes, il n’a pas été capable d’en nommer un seul.

Cette situation, certes embarrassante pour le couturier français, symbolise l’état de la mode russe actuellement. Elle intrigue, étonne, mais elle n’a pas encore la stature d’un grand nom international.

 Selon Andrey Abolenkin, il s’agit d’un problème structurel « Les créateurs ne peuvent pas encore être à la hauteur des créateurs italiens ou français parce que le système industriel ne suit pas. Le processus de production ainsi que  la qualité ont besoin de se stabiliser ». 

Rosa Kamenev, qui a ouvert il y a un an le premier concept store à Moscou dans le centre d’art contemporain Winzagod, poursuit cette idée et note que  « le problème vient de ce manque de liberté qui a duré des dizaines d’années. Quand, dans toute l’Europe et aux Etats-Unis, on avait libre accès à la beauté ; quand, dans ces pays, on vous obligeait à visiter des musée ; on bâillonnait la Russie et on y limitait l’accès et le goût pour le développement de l’esthétisme ».

La maturité manque à la haute couture russe et les Fashions week, russes et moscovites, en sont les symboles les plus criants. « La mode en Russie, c’est un peu comme un jardin d’enfant où chacun se bat pour avoir la meilleure place, déplore Rosa Kamenev. Il y a encore trop de compétition commerciale, et les deux fashion week sont concurrentes au lieu de se compléter ou de travailler ensemble ». De telles disputes ne sont certainement pas favorables au développement du style russe.

 

Ainsi pour la plupart des observateurs, ces 60 ans de brides, ces 60 ans de rejet de l’esthétisme et de la qualité dans le secteur industriel, plombent aujourd’hui la mode russe.

 

Et pourtant, même si elle reste trop dépendante de ses grandes sœurs européennes ou américaines, de nombreux étrangers commencent à s’y intéresser. A défaut d’exporter, les couturiers russes se font inviter et défilent dans les temples européens.

La mode russe est divertissante. Les créateurs cherchent encore leurs styles, mais n’ont pas de complexes par rapport à l’Europe et ne connaissent pas les mêmes contraintes. Les designers russes n’appartiennent pas à une industrie et sont donc plus libres dans leur création.

Certes, il n’existe pas encore de style propre à la mode russe, mais il semble se dessiner. Ainsi, Andrey Abolenkine entrevoit-il « un style qui se définirait par son travail sur les couleurs et la forme, ainsi que l’importance accordée à leur enchevêtrement et coordination ». Quelques noms sont souvent cités et commencent à devenir des références : l’éternel Slava Zaitsev, Chapurin, Simachev… Rosa Kamenev, qui, dans son concept store moscovite, ne vendait jusqu’ici que des créateurs étrangers, accueillera dans un mois les créations de Tatiana Parfionava, jeune styliste de Saint-Petersbourg.

Il semble cependant peu probable qu’à moyen terme la haute couture russe atteigne les niveaux européens, qui possèdent plusieurs avantages difficilement rattrapables. Outre les difficultés structurelles, la Russsie ne dispose pas, comme en France ou en Italie, d’une industrie du luxe sur laquelle les créateurs russes pourraient s’appuyer, ou encore des hommes éclairés, tels qu’un Bernard Arnault, pour les soutenir. La situation, pour Andrey Abolenkine, est comparable au phénomène des nouveaux vins : «  Vous imaginez bien qu’un un cabernet sauvignon du Chili ne rattrapera jamais un grand Bordeaux français. Pourtant cela ne lui empêchera pas d’offrir d’intéressantes caractéristiques ».

Ainsi, tel le Cabernet chilien, la mode russe, moins chère, moins entravée par d’éventuelles traditions et évoluant dans un pays extrêmement dynamique et jeune, a toutes les cartes en main pour se créer un bel avenir.

 Ou trouver les couturier russes a Moscou ?  Aizel11, Stoleshnikov Pereoulok.Cara & Co - Centre d’Art contemporain Winzavod 1, 4 pereoulok Syromyatnicheski, dom 6. Le Form – Ulitsa Povarskaya, 35/28Podium - Ulitsa kuznetskiy most 14 Smolenskii passage - Smolenskaya Plochad, 3

 Photo : le coiffeur styliste a la mode Zverev en compagnie de ses douces à la fashion week de Moscou.

5 Responses to “La mode Russe perce mais manque de maturite”


  1. 1 Parisienne December 5, 2007 at 7:01 pm

    Mon Dieu, Zverev a l’air encore pire qu’avant :))
    J’ai decouvert votre blog aujoud’hui et il est vraiment très agreable à lire, pour moi c’est un voyage virtuel à la maison…

  2. 2 Anton December 8, 2007 at 12:57 am

    J’ai vu que tu as changé ta legende de photo. Derien le Frerot!

  3. 3 JANNY February 5, 2008 at 9:35 pm

    A votre avis, si je ne dois voir qu’un designer de mode à Moscou, ou qu’un magasin quel serait-il ?

  4. 4 Billie February 5, 2008 at 9:39 pm

    google.ru

    a part ca tres bonne question… essaie le Form, ou Podium. ils sont dans la meme rue. ce sont parmi les seuls a avoir des createurs russes. designer essaie l agence art lebedev

  5. 5 JANNY February 7, 2008 at 9:06 pm

    merci pour ces réponses je note et continue , à ton avis “éclairé” qui sont les acheteurs qui vont se rendre à la Moscou Fashion Expo ,( crocus) des magasins de luxes , des clients indépendants ? je compte faire un sujet la-dessus , je cherche un angle de reportage.

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