Entorse…

… pour une tres belle critique, que dis-je, un hommage au Maitre.

Critique de Jean-Pierre Dufreigne, parue dans Le Figaro le 13/05/2004

“Mikhaïl Afanassievitch est revenu. Serions-nous moscovite et voisin du 35a Bolchaïa Pirogovskaïa, appartement 6, que nous mettrions à glacer la vodka sur la fenêtre, au dernier gel d’avril, et chaufferions à blanc le samovar, tant ce retour mérite un toast et même une bombance. Sept ans d’absence depuis la parution du premier tome des Oeuvres de M. A. Boulgakov dans la Pléiade.

Mais laissons vodka, sprats, zakouski et samovar, Boulgakov est au-delà du folklore. Ne gardons que l’émotion qui surgit, inévitable, lorsque s’imprime son nom sur une page de garde blanche. Et remercions Françoise Flamant d’avoir mené à bien ce second gros volume (plus de 2 000 pages)… Mikhaïl Afanassievitch est revenu, mais en wagon Pullman, lui qui faillit crever de faim et mourut en citant Don Quichotte, le 10 mars 1940, à 16 h 39 (la bureaucratie bolchevique eut pour seule courtoisie d’être précise), d’une néphro-angiosclérose. Il venait de signer enfin de nouveaux contrats, de déjeuner avec sa femme Elena après une promenade dans les jardins des étangs du Patriarche, où commence Le Maître et Marguerite terminé la veille… Imaginons. Tentons d’imaginer ce qu’il faut de courage, d’espoir maltraité, pour écrire en ce temps- là dans ce pays-là. Ecrire «pour son tiroir», et sourire de préférence à mourir. Voir son nom devenir une insulte sous le terme de «boulgakoverie» (boulgakovchtchina)… Jaillissant de ce volume paru en période pascale, Mikhaïl Afanassievitch n’est pas revenu. Il est bel et bien ressuscité. (Edition établie par Françoise Flamant et Jean-Louis Chavarot.
Avec la collaboration de Christiane Rouquet et Edith Scherrer).”

  Achetez-le, lisez-le nondenom! (ca c’est de moi)
 

2 Responses to “Entorse…”


  1. 1 zophie December 8, 2007 at 11:41 am

    mon billou! c’est un très bel hommage, c’est vrai! A propose d’écrivains pris dans la tourmente historique, je te recopie l’anecdote suivante, à propos de Bakhtine, tirée de « Smoke », un scénario de Paul Auster (le ricain;-)

    Paul : – C’est en 1942, d’accord? Et il est bloqué à Leningrad pendant le siège. Je te parle d’un des pires moments de l’histoire de l’humanité. Cinq cent mille personnes sont mortes en ce seul endroit, et voilà Bakhtine, terré dans un appartement et s’attendant à être tué n’importe quand. Il a du tabac en quantité, mais pas de papier à cigarettes. Alors il prend les pages d’un manuscrit auquel il travaille depuis dix ans et les déchire pour se rouler des cigarettes.

    L’autre (incrédule) : – Son seul exemplaire ?

    Paul : – Son seul exemplaire. (Un temps) Je veux dire, si tu crois que tu vas mourir, qu’est-ce qui est plus important, un bon livre ou une bonne clope ? Et donc, bouffée après bouffée, petit à petit, il a fume son livre.


    ALors mon billou?? Une bonne clope ou un bon livre?? ;-)

  2. 2 Billie December 9, 2007 at 3:16 pm

    fumer son manuscrit c est quand meme pas mal…. je me demande si l encre rajoute du gout.


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