La porte russe

Apprendre le Russe, c’est comme se donner la clé qui ouvre sur l’univers infini russe. Sauf que cet univers infini est très, très bien gardé. Outre la croisade que représente l’acquisition d’un visa, la porte « langue russe » est lourde. Très lourde.  

Au bout de 3 mois vous arrivez à peine à l’entrouvrir, et vous en êtes fier ! He he, maîtrise de l’accusatif, du génitif et de l’aspect des verbes, pardon mais ce n’est pas donné à tout le monde.

Votre porte est entrouverte, de votre lorgnette vous apercevez des titres de romans, vous entendez de loin quelques bouts d’opéras et percevez quelques bribes de commentaires politiques.

Quand soudain, un russe passe. Chance ! vous dites-vous, parce qu’au fond, il n’y a que lui qui peut vous l’ouvrir cette satané porte. Vous tentez votre chance et lancez quelques mots dans sa langue natale.  Et là, et ça ne loupe pas, c’est de l’ordre du phénomène récurrent, le russe en question, gentil ou pas, vous renvoie systématiquement la porte a la figure, vous la claque au nez et la referme a double tour.

A ce moment là, vos radeaux de sauvetage sont ces français, belges, anglais, italiens qui sont là depuis 10 ans (il y en a beaucoup, j’ai l’impression que dans ce pays, on reste ou 1 an ou 10 ans, pas d’entredeux), et qui parlent, pour la plupart, couramment. On évite à tous prix l’exemple inverse du français là depuis 10 ans qui n’aligne pas un mot (y’en a beaucoup aussi…). Ils vous redonnent du courage, un ptit coup de cognac, et c’est reparti. Vous vous y replongez de plus belle, jusqu’au passage du prochain russe et ainsi de suite.

 La seule bonne nouvelle dans tout ça, c’est que tout à coup, sans vous en rendre compte, vous avez chaque fois entrouvert la porte un peu plus…

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