Dom art teatr, banlieue nord est de Moscou, le vent venu de Siberie fait voler la neige gelee. Les baches des echaffaudages du New Moscow claquent, mes oreilles gelent.
Je me dirige avec l’excellent saxophoniste Serguei Letov et Nicolas, compositeur et saxophoniste egalement, vers une petite maison aux allures 70s.
Poussons la porte de cette baraque sans pretention, et sommes accueillis dans un petit bar eclaire au neon, par une dame en robe longue motif panthere, moulant ses rondeurs, cheveux teints en blonds, levres bleuies par le vin, et clou du spectacle, diademe de strass vicé sur le crane. Son compagnon a une taille de moins qu’elle, en longueur et en largeur, petite moustache et costume gris-vert trop grand. Il se noie dans les rondes taches de la panthere qui l’enlace et l’engloutit, le couple est parfait…
au fur et a mesure que nous avancons, un type avec un tricorne et une autre robe longue arrivent vers nous, puis un poete maudit, entendant que nous sommes d’illustres etrangers, des intellectuels, nous accoste. Grand, maigre, costume trois pieces avec veston rouge, il nous offre et nous dedicace gracieusement son dernier recueil de poesie, apres m’avoir fait un baise-main d’une duree approximative de 137 secondes.
Des dingues. notre compagnon nous previent qu’ils sont tous un peu pazzi (en italien dans le texte), et court se jeter dans les bras de la proprietaire, une forte dame, avenante et sympathique, qui rit continuellement. elle a l’air heureuse de nous compter parmi ses clients.
Serguei nous avait invite, Nicolas et moi, dans ce bar pour ecouter de la musique. Si tot la proprietaire embrassee, nous entendons sa voix sur la scene du petit cafe thatre : “surprise pour vous ce soir : des invites de marque: Sergiocha et un exceptionnel compositeur francais, venu vous improviser un morceau rien que pour vous cher public, etc.”
La tete de Nicolas…
La bonne surprise, -pour nous, dans tout ca- c’est qu’en braves guest stars, nos deux amis passent les derniers. Defilent alors, en attendant, toutes sortes de poete et chanteurs sans voix, qui ne sont autres que toute l’assistance ici presente.
L’ambiance est cependant bonne enfant et receptive. Le public accompagne les “artistes” et accroche au moindre vers ou melodie bien tapés…
la performance de Serguei et Nicolas sera tres applaudie et saluée par l’offre de shots de vodka.
La semaine prochaine si ca vous interresse, le meme bar organise un festival autour de Bertold Brecht…
Site de Serguei Letov
NB : cafe theatre de la transition : des petits airs sovietiques, melanges au gout de l’art et de l’expression, au besoin d’etre ensemble de ces gens qui sont entrain de vivre cette fameuse periode transitoire et doivent se retrouver des reperes. La musique, la poesie, le contes, en sont quelques uns , le cafe theatre est donc egalement l’un de ces reperes (au sens propre et figuré).
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