Ça c’est pas banal, me diront les moscovites de naissances et/ou d’adoption. Pour les autres, je crois que ça vous passera pas mal au dessus de la tête, et d’ailleurs ça se comprend. Entre la bourse qui s’effondre et les idées constitutionnelles, saugrenues et dangereuses, de notre Nico national, vous m’direz, qu’est ce qu’on s’en fout de la datcha ?
Bon. Pour les 3 que ça intéresse, aux environs de la station de métro Sokol, au nord de Moscou, plus proche du centre que ne l’est mon lieu de vie quotidien (Sokol est donc très proche du centre), se trouve un petit quartier aux dimensions de village. Un peu l’équivalent du 13ème à Paris. Des petites clôtures séparent des maisons (on avait presque oublié ce que c’était) de tailles diverses. C’est là que j’ai rendez-vous samedi soir.
La plupart des maisons ont été refaites, celle dans laquelle je suis invitée est habitée par une famille d’artistes, qui s’agrippe à ses traditions. La datcha construite en rondins de bois dans les années 1920 par la coopérative des artistes vivant dans le coin est donc restée tel quel. Inside, and outside.
De dehors, on se croirait à la campagne, la demeure est basse, il n’y a qu’un étage. Une première entrée, visible de l’extérieur, protège l’intérieur des froides températures, comme le sont toutes les datchas. Les pièces ne sont pas très spacieuses, le tout est un peu décrépi : rien ne semble n’avoir bougé depuis les années 20. Le piano est désaccordé, les abajours sont de style art deco mais plein de poussières, un espèce de lino couleur bois recouvre le plancher, la gazinière semble prête à fuir à tout moment…
Le dîner, qui a lieu après l’office orthodoxe, se déroule de manière traditionnelle : buffet, tout le monde debout, salade olivier (noyée dans la mayo comme il se doit) et pelmeni. Après le dîner, le maître de maison nous montre les travaux de son nouvel apprenti, devant lesquels s’extasient un couple d’américain, dont à ce jour, je n’ai toujours pas compris la raison d’être en Russie.
Puis arrive une pianiste, tout de rideaux rouge velours vêtue. Toute frêle et timide, elle salue le salon avant de se mettre au piano et articule faiblement le nom du morceau qu’elle jouera. Sa voix est inaudible de timidité. Mais au piano… c’est autre chose… sa musique est violente, ses doigts s’acharnent sur le pleyel 1920 non-restauré et non-accordé, son regard devient dur, changement d’ambiance, le salon est conquis.L’intermède musical est suivi du thé. La table du buffet a été soigneusement débarrassée par les maîtres de maison pendant que nous écoutions la furie, des tasses, assiettes, mandarines et chocolats ont été disposés, attribuant de ce fait une place à chacun. Nous prenons le thé tous ensembles, parlons des derniers atterris à Moscou et levons le camp, nourris et apaisés.
Merci pour le clin d’oeil constitutionnel, chica, la lutte est longue
Et bravo pour l’ambiance datcha, je sens que tu vas faire un malheur dans les colonnes de nos canards.