Archive for September, 2007

Les nouveaux arrivants

aubergeespagnole.jpgLa fin du mois au Pouchkine signifie départs/arrivées. On perd les anciens fous auxquels on s’était habitués, pour en récupérer de nouveaux, ceux qui ont le courage d’affronter l’automne moscovite et ses premieres chutes de neige qui arrivent parait-il sans crier gare.  

Autant dire que ceux-ci sont de vrais fous.

Le groupe d’italien assez homogène et assez classique a été remplacé par un autre groupe d’italiens, encore plus jeunes, encore plus bruyants et encore plus déphasés. Cela dit les sujets de conversations ne sont pas trop éloignés de l’un a l’autre : « Mamma mia, che noia Mosca, com’e bella Parigi. » « Ma come fai a mangiare la suppa della mensa ? mi mancano cosi tanto le orrecchiette di Mamma. Dai domani facciamo un bel risotto !! (cris de joie dans toute la cuisine).

Il y aussi celles que j’ai repérées comme étant les 3 géantes serbes. Toujours ensembles, elles mesurent toutes les 3 au bas mot 1,80m. Ça fait grand, surtout de mon point de vue en contre-plongée.
Les 3 geantes serbes
font autant de bruit que les 2 groupes d’italiens réunis, c’est dire. Leur soiree type : dans le cyber cafe d’avant guerre de l’Institut, elles se mettent chacun a un coin, et communiquent en criant, d’un bout à l’autre de la pièce. Puis elle vont se cuisiner un frichti, avec toutes les 3 la meme sonnerie de portable au niveau maximum. Elles dansent en chantant devant leur plaque électriques, puis s’empiffrent bruyamment, et se retirent enfin. Epuisant.

Il y aussi Tibi. On est amis parce que son surnom est presque similaire au mien. Il vient de Hongrie.

Et puis il y a Marie, ma nouvelle coloc. Elle a son monde à elle, recrée son univers, la realite l’ennuie. C’est une tapée, mais une tapée charmante. Elle part en promenade dans la banlieue voisine, avec un marron. Elle rêvasse devant des papillons qu’elle imagine être son âme à elle et son âme sœur… l’âme sœur s’envole et s’éloigne. Son marron glisse de sa main, mais un médecin venu du Yemen le ramasse et le lui rend en se présentant gentiment.

Ils décident de fuir la banlieue et d’aller admirer la vue de Moscou qu’offre la perspective de la MGU (Universite Lermontov).

Tout à coup, ils sont dans un verger, un champ de pommes planté par Staline. Marie ramasse les pommes de Staline et en fait une compote. Les indiens (nouveaux venus) de l’étage découvrent émerveillés la compote de Staline.

Marie est belge germanophone, elle circule à vélo dans Moscou (ça c’est le plus fou), elle vient de trouver un job dans une clinique du coin (celle du médecin du Yemen) et a un vrai talent : le dessin. Jetez un coup d’œil sur son site, cela vaut le coup : http://www.wesentlich.com/marie/.  

Et au milieu de tout ça, moi j’envoie des mails pour trouver une coloc avec des russes…

  

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Anges et demons

nadine.jpgMoscou est une ville où on vous fout la paix, c’est l’un de ses grands avantages, et pas le moindre. Osons la comparaison : quand a Paris vous vous faites reprendre quand vous oubliez de remercier la personne qui vous a tenu la porte, ici vous pouvez la renvoyer dans la figure de l’autre, on ne vous dira rien : c’est normal.
C’est la loi du plus fort, c’est dur, mais les règles sont claires et loin d’être hypocrites. Pas de « sourire suivant », ou de « soyez aimable avec le chauffeur », les relations de client à professionnel sont parfois éprouvantes (vous faire renvoyer trois fois votre monnaie à la figure en une journée, ça fatigue le moral), mais au moins on sait a quoi s’en tenir.

En revanche, des que l’on entre en contact avec les gens, des que la relation dépasse le cadre professionnel, et devient simplement humaine, vous êtes surpris par la gentillesse des moscovites. Les visages s’éclairent, un voile d’amabilité effleure le regard : ils se damneraient pour vous.
Vous leur demandez votre chemin, ils vous prennent par la main et s’assurent que vous prenez la bonne direction.
Votre valise est plus lourde que vos deux frères réunis, et ça se voit à votre air aussi crispé que désespéré, vos biceps saillants et la perle de sueur sur le coin du front. Pas besoin de demander en prenant votre habituel ton larmoyant mon-chat-est-mort-hier, je-suis-seule-au-monde, non ! quelqu’un se précipitera automatiquement pour vous aider à gravir les marches du métro, pour vous faire une place dans le bus, ou pour vous aider à passer les tourniquets des trolleys.

La valise lourde ou le meilleur moyen de se faire des nouveaux amis… Ça vaudrait presque le coup de se promener avec une valise vide et de mimer l’effort au moment crucial (place dans le metro/bus/tram, musicien virtuose qui passe, ecrivain rebelle avec qui on aimerait se lier…).  

Becaud et la legende du Pouchkine.

439306.jpgLe fameux cafe Pouchkine, ou Gilbert devait retrouver Nathalie, se situe au bout de l’avenue Tverskaia (les champs elysees locaux pour vous reperer).

L’endroit est du meme style que ces cafes du 19e que l’on trouve en Autriche ou dans le nord de l’Italie. De grands espaces, des tables en bois sombre, une ambiance chaleureuse mais elegante, une carte se presentant sous forme d’un journal du debut du siecle dernier et des serveurs souriants (ca nous change et ca repose).

Le serveur, en plus d’etre aimable, vous conte la petite histoire du lieu. Ancienne pharmacie ouverte au 18eme siecle par le docteur Fischer, la cave etait son laboratoire, la salle principale comprenait le comptoir et une salle d’attente tres similaire au restaurant actuel, ou les clients attendaient leur produit tout en degustant des tasses de cafes ou de chocolat, les nouvelles boissons a la mode.

L’etage du dessus etait la bibliotheque du fameux docteur Fischer, et comprend encore de nombreux livres anciens et rares.

Enfin un peu d’histoire dans ce pays de rustre, vous dites-vous, en bon europeens aimant la culture et les lieux charges de souvenirs. Vous vous sentez bien.

Foutaises ! le meme serveur revient une demie heure apres, et nous avoue la verite.
La deuxieme version n’est pas mal non plus et traduit l’esprit russe actuel. Le type a l’origine du restaurant est franco-russe et connait la chanson de Becaud. Il decide alors de batir ce cafe, style 19eme, des couverts jusqu’aux moulures des plafonds, qui voit le jour en … 1999.

Cela dit, a part les murs et plafonds dont la “restauration” est voyante, le tout est charmant. La bibliotheque est digne d’une piece du Saint James a Paris, et les vieux livres, certes un peu endommages, sont bien presents. Le jour ou nous y sommes passes, nous n’avons pu que visiter le deuxieme etage, reserve tout entier par un riche oligarque comptant fleurette a une bergere, surement moins riche, mais jolie et coriace.

Not far from Africa…

…Ou comment eviter de depenser 1000 roubles pour rien

Les etrangers a Moscou vous le diront : quand un policier vous demande vos papiers dans la rue, vous etes quasiment certain que vous allez devoir payer. 1000, 2000, 3000 roubles cela depend de vos capacites a negocier, cela depend de l humeur du policier.

Vous pouvez passer 3 jours a Moscou et vous faire arreter – c’est le cas de ma coloc – comme vous pouvez vivre ici depuis 4 semaines sans n’avoir jamais eu a faire aux uniformes kakis – c’est mon cas.

Petits conseils pour eviter de garder un mauvais souvenir de votre passage sur la place rouge :

Comment ne pas se faire remarquer .
Votre meilleur allie : le sac plastique du supermarche du coin, plein a craquer, assorti a des vetements de couleurs sobres et tristes.
Le must : le fichu degotte a l’un de ces marches moscovite ou l’on trouve tout a moins de 2euros. Tout juste si on ne vous prend pas pour une babouchka locale.
C est ma technique et ca marche. Adieu l’elegance, on y avait de toutes facon deja renonce depuis quelques temps -voir les archives.

En cas d’arrestation, comment s’en sortir
– Si malgre votre camouflage slave deux policiers evidemment rustres et evidemment insensibles vous abordent en vous demandant vos papiers, ne JAMAIS leur donner votre passeport, mais simplement leur montrer. Une fois qu’ils ont votre passeport en main, ils font ce qu’ils veulent de vous.
Donc leur montrer les documents – visa et preuve d enregistrement- puis les ignorer, tourner les talons et continuer votre visite comme si de rien n’etait.

Meme si la corruption est generalisee, ils n’oseront pas vous suivre et vous racketter activement.

A eviter
– On le repete pour les deux du fond : on ne lache pas son passeport.

Si, malgre tout, les deux du fond offrent allegrement leur passeport aux uniformes, ne pas tenter la comedie “l’etrangere en pleurs”. Vous aurez simplement droit a un aimable “la Russie ne croit pas aux larmes” -qui est d’ailleurs, pour votre culture generale, le titre d une serie russe tres populaire.
Demander plutot combien ils veulent, diviser le prix au moins par 3 et payer.

Voila… vous etes armes pour profiter de ce pays sans trop de deceptions. Bientot un post positif sur la Russie, je vous le promets !

mariage a la russe

Quand vous avez la chance d’être invité à un mariage orthodoxe, vous ne refusez pas.

Encore moins quand il s’agit de l’union d’une americano-autrichienne d’origine russe et un guatémaltèque qui a grandi dans une dizaine de pays différents.

Encore moins quand les icônes moyenâgeuses et les fresques du 17ème de la cathédrale viennent d’être restaurées (celles justement que vous n’aviez pas pu visiter deux semaines avant).

La cérémonie dure originellement 3 heures. En l’occurrence, elle a été coupée pour pouvoir célébrer un deuxième office, catholique cette fois, sans que les participants se retrouvent en crise d’hypoglycémie au milieu des psaumes (bénis soit les pirotchkis distribués entre les deux célébrations).

La cérémonie orthodoxe est très théâtrale et se déroule en deux actes. Premier acte, les mariés sont à l’entrée de l’église, et expriment leur désir d’être unifiés par le Christ. Le pope, regard de feu, longue barbe et etole brodée d’or, entame des prières d’une voix sonore, profonde, gutturale, à laquelle répond un chœur sibyllin formé de jeunes filles voilées. Le tout donne une impression très forte. L’assistance est debout et ne participe qu’à travers des signes de croix, de temps à autre (faut connaître…).

Deuxième acte, les mariés avancent devant l’autel (je vous la fait courte). Les témoins tiennent a bout de bras une couronne au dessus des têtes des mariés (pas de tout repos la tache de témoin dans les cérémonies orthodoxes…) : les époux sont dorénavant rois de leur propre royaume. Ils boivent ensuite le vin dans une même coupe, symbolisant le partage tant de  leurs joies, que de leurs peines.

La lettre de Saint Paul apôtre à ses éternels Ephesiens est ensuite lue : Saint Paul appelle le couple a se soumettre l’un à l’autre. Le mari est le chef de la famille comme le Christ est le chef de l’Eglise, i.e il doit pouvoir donner sa vie pour elle, et la femme doit révérer son mari comme l’Eglise révère le Christ. Des commentaires ?

  

Ils font ensuite trois fois le tour de l’autel, le Pope devant, les témoins derrière (hop !), toujours avec la couronne. Un hymne est chanté aux Martyrs, rappelant au couple l’amour sacrificiel qu’ils doivent se porter tout au long de leur mariage.

Au bout d’une heure et demi debout, les jambes commencent a tirailler, mais on a compris le message slavon : un mariage, c’est comme apprendre le russe, ça ne s’improvise pas.

Moscow by night.

Quand la nuit tombe sur cette ville au rythme effrene et aux limites inexistantes, de droles de choses peuvent se passer. Petit guide pour bien en profiter.

Commencer par les zakouskis du concept-restaurant Apshu (cousin du concept store : a cote de votre assiette on trouve les derniers magazines branches, vous etes berces par des groupes de jazz, vos plats sont obligatoirement sucre/sale-nouvelle cuisine et le tout ressemble a une cuisine des annees 50s). Le must : la vodka qui passe tres bien grace au melange pain noir-hareng fume-oignon. Le bonheur.

 Une fois que tout le monde s’est rechauffe et que plus personne n’ecoute le saxophoniste qui commence d’ailleurs a serieusement nous percer les tympans, se diriger vers la sortie, sans oublier de demander la kluch (cle de l’endroit, qui permet d’entrer si l’ouvreur n’est pas la).

Prendre son taxi a la sauvette. Longer les quais de la Moskova et les grands hotels de la rue Tverskaia illumines, au rythme effrene de votre lada super star. S’arreter au bout de la Tverskaia devant les murs imposants du Kremlin. Acheter une boisson/a manger/ a l’un de ces kiosques qui ne ferment jamais.

Voir apparaitre soudainement, sur le trottoir de la rue la plus bruyante et la plus animee de Moscou, deux cavaliers sur des petits chevaux, en jeans, la bouteille de vodka a la main. Halluciner deux secondes.

 et puis repartir direction la place rouge. Se faire un peu peur dans ces passages souterrains peu frequentes la nuit.

Arriver sur cette fabuleuse Place Rouge, qui a troque son habituelle agitation contre une atmosphere paisible, sereine, comme si elle se reposait pour mieux affronter les nouvelles frasques de son pays.

Se faire prendre en photo par les trois touristes du coins (quand vous etes 4 blondes egarees), se mettre juste en face de saint Basile, et contempler. Refaire l’histoire de la Russie, la votre ensuite, bailler, et rentrer vous coucher transi.

www.apshu.ru

Les cours du Pouchkine

martine.jpgMon cours de russe est un moment de bonheur dans la grisaille de l’automne moscovite.

Figurez-vous au beau milieu des barres sovietiques une petite classe d’etudiants venant des 4 coins du monde et s’agitant dans une ambiance coloree, joyeuse et chaleureuse. Amis enseignants, vous cherchiez la classe parfaite, vot eta, vous y etes ! 

Mes amis sont Mehmet le turc, Miodrag le serbe, Yann-li le Kitai-musicien, et Ros l’americain. Les coreens sont trop timides.

Notre professeur, Larissa, dotee d’un talent certain pour le mime et la comedie, nous parle comme si elle s’adressait des gamins de 12 ans shoutes a la colle.

Quand Yann-le-chinois parle, toute la classe se tait pour l’aider a corriger ses erreurs. 

Quand Larissa pose une question, on se bouscule pour repondre. Ce qui a d’ailleurs pour effet une cacophonie internationale assez interressante mais malheureusement inaudible. Seuls les coreens ne participent pas a cette engouement collectif. Decidement tres timides ces coreens…
Quand une question arrive sur Song-Li, Huo-lomng ou Rahr-li (i.e les coreens), le silence se fait. Tentative hesitante d’un frele filet de voix. L’erreur, systematique,  tombe comme un couperet. Nous les regardons tous avec un air de compassion auquel se mele une impatience de premier de classe.

Quand la sonnerie retentit (comme a l’epoque !), nous -le prof et les motives-  sortons epuises. Les coreens eux ont leur journee qui commence.