Archive for November, 2007

Mozart et l’Italie dans un perexod

L’avenue Tverskaya est obscure ce soir. Les horodateurs places au dessus des metros indiquent 20h00, il fait nuit depuis plusieurs heures, la neige tombe faiblement, elle a eu le temps de se transformer en boue. Moscou n’est pas tres joyeuse ce soir. Une bonne partie du monde l’accuse de dictature, sovietisme, mafia… Il fait sombre, froid et humide.

 Je descend dans un perexod (prononcez pirirhod-passage souterrain) pour traverser cette avenue a 6 voies, quand s’eleve, de ce passage illuminé, une voix cristalline. je descends les marches, la voix se rapproche, se fait plus forte. Une femme est la, seule, en manteau de fourrure blanc, faisant les cents pas et chantant l’air “Voi che Sapete” des Noces de Figaro. La voix soprano est douce, enjoleante, elle est chaude comme une nuit d’été italienne. Le temps de quelques secondes, je suis a Verone, a l’opera, l’air est doux, les couleurs sont celles d’un tableau de Raphael,  les derniers rayons chaud du soleil couchant caressent les pins parasols… Le perexod se termine, la voix s’eloigne, je suis obligee de passer mon chemin.

Passee de l’autre cote de l’avenue, l’enchantement a fait place au concert des klaxons des ladas et aux glissades souvent rocambolesques des passants sur les trottoirs…

Emplie d’Italie et d’odeurs toscanes, je file telle une ombre dans cette avenue humide qui recele tellement de secrets.

                         Voi Che Sapete” – Le Nozze di Figaro – Mozart

Voi che sapete

che cosa è amor,

donne vedete

s’io l’ho nel cor.

Quello ch’io provo

vi ridirò;

è per me nuovo,

capir nol so.

Sento un affetto

pien di desir,

ch’ora è diletto,

ch’ora è martir.

Gelo, e poi sento

l’alma avvampar,

e in un momento

torno a gelar.

Ricero un bene

fuori di me.

Non so ch’il tiene,

non so cos’è.

Sospiro e gemo

senza voler,

palpito e tremo

senza saper.

Non trovo pace

notte, nè dì,

ma pur mi piace

languir così.

Vio che sapete

che cosa è amor,

donne, vedete

s’io l’ho nel cor.

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La mode Russe perce mais manque de maturite

peopleski.jpgSi l’on en croit Paco Rabanne, venu lancer son nouveau parfum Black à Moscou le 9 novembre dernier, «  les femmes les mieux vêtues du monde sont à Moscou et la Russie possède d’excellents stylistes ». Lorsque les journalistes russes lui ont demandé de citer des noms de couturiers russes, il n’a pas été capable d’en nommer un seul.

Cette situation, certes embarrassante pour le couturier français, symbolise l’état de la mode russe actuellement. Elle intrigue, étonne, mais elle n’a pas encore la stature d’un grand nom international.

 Selon Andrey Abolenkin, il s’agit d’un problème structurel « Les créateurs ne peuvent pas encore être à la hauteur des créateurs italiens ou français parce que le système industriel ne suit pas. Le processus de production ainsi que  la qualité ont besoin de se stabiliser ». 

Rosa Kamenev, qui a ouvert il y a un an le premier concept store à Moscou dans le centre d’art contemporain Winzagod, poursuit cette idée et note que  « le problème vient de ce manque de liberté qui a duré des dizaines d’années. Quand, dans toute l’Europe et aux Etats-Unis, on avait libre accès à la beauté ; quand, dans ces pays, on vous obligeait à visiter des musée ; on bâillonnait la Russie et on y limitait l’accès et le goût pour le développement de l’esthétisme ».

La maturité manque à la haute couture russe et les Fashions week, russes et moscovites, en sont les symboles les plus criants. « La mode en Russie, c’est un peu comme un jardin d’enfant où chacun se bat pour avoir la meilleure place, déplore Rosa Kamenev. Il y a encore trop de compétition commerciale, et les deux fashion week sont concurrentes au lieu de se compléter ou de travailler ensemble ». De telles disputes ne sont certainement pas favorables au développement du style russe.

 

Ainsi pour la plupart des observateurs, ces 60 ans de brides, ces 60 ans de rejet de l’esthétisme et de la qualité dans le secteur industriel, plombent aujourd’hui la mode russe.

 

Et pourtant, même si elle reste trop dépendante de ses grandes sœurs européennes ou américaines, de nombreux étrangers commencent à s’y intéresser. A défaut d’exporter, les couturiers russes se font inviter et défilent dans les temples européens.

La mode russe est divertissante. Les créateurs cherchent encore leurs styles, mais n’ont pas de complexes par rapport à l’Europe et ne connaissent pas les mêmes contraintes. Les designers russes n’appartiennent pas à une industrie et sont donc plus libres dans leur création.

Certes, il n’existe pas encore de style propre à la mode russe, mais il semble se dessiner. Ainsi, Andrey Abolenkine entrevoit-il « un style qui se définirait par son travail sur les couleurs et la forme, ainsi que l’importance accordée à leur enchevêtrement et coordination ». Quelques noms sont souvent cités et commencent à devenir des références : l’éternel Slava Zaitsev, Chapurin, Simachev… Rosa Kamenev, qui, dans son concept store moscovite, ne vendait jusqu’ici que des créateurs étrangers, accueillera dans un mois les créations de Tatiana Parfionava, jeune styliste de Saint-Petersbourg.

Il semble cependant peu probable qu’à moyen terme la haute couture russe atteigne les niveaux européens, qui possèdent plusieurs avantages difficilement rattrapables. Outre les difficultés structurelles, la Russsie ne dispose pas, comme en France ou en Italie, d’une industrie du luxe sur laquelle les créateurs russes pourraient s’appuyer, ou encore des hommes éclairés, tels qu’un Bernard Arnault, pour les soutenir. La situation, pour Andrey Abolenkine, est comparable au phénomène des nouveaux vins : «  Vous imaginez bien qu’un un cabernet sauvignon du Chili ne rattrapera jamais un grand Bordeaux français. Pourtant cela ne lui empêchera pas d’offrir d’intéressantes caractéristiques ».

Ainsi, tel le Cabernet chilien, la mode russe, moins chère, moins entravée par d’éventuelles traditions et évoluant dans un pays extrêmement dynamique et jeune, a toutes les cartes en main pour se créer un bel avenir.

 Ou trouver les couturier russes a Moscou ?  Aizel11, Stoleshnikov Pereoulok.Cara & Co – Centre d’Art contemporain Winzavod 1, 4 pereoulok Syromyatnicheski, dom 6. Le Form – Ulitsa Povarskaya, 35/28Podium – Ulitsa kuznetskiy most 14 Smolenskii passage – Smolenskaya Plochad, 3

 Photo : le coiffeur styliste a la mode Zverev en compagnie de ses douces à la fashion week de Moscou.

Rome en Russie

Une matinee passée a l’Ambassade de Russie a Rome, ca ne s’oublie pas. L’interference Romano-russe est pour le moins comique, et revelatrice.

 La patience est notre devoir a tous. Arrives vers 8h au consulat, nous devons patienter 45 minutes que les portes s’ouvrent, et qu’on nous fasse rentrer au compte goutte dans l’enceinte.

Nous nous retrouvons ensuite tous devant la porte du Vice Consul, qui  transforme vite en enceinte sacrée, mystérieuse, renfermant le Saint Graal.
Par nos regards mi-compatissants mi-envieux, nous encourageons le premier a passer la frontière. La porte s’entrouve, on aperçoit à peine quelques meubles et un petit bonhomme gris qui lui fait signe d’entrer.

Les élus se succèdent. De temps en temps l’un d’entre eux ressort transpirant, l’air paniqué, et court chercher un nouveau formulaire.  

En attendant, dans la file, on se lie d’amitié à l’italienne. Les nouveaux venus s’intègrent au groupe en demandant l’ordre de passage, l’un des collègues s’énerve contre l’organisation russe “pire que l’italienne” et contre les deux secrétaires qui lui ont répondu avec une “arrroganza ! incredibile !” alors que “quand même on est en Italie ici”. Il se voit repondre, d’une seule et même voix par le groupe, qu’il est precisement ici en Russie, et que toute cette attente est peut-être moins fortuite qu’il ne croit.

Un autre type arrive, et fait la conversation, en se postant au milieu, lunettes de soleil sur le nez, casque de motorino à la main, prenant chacun à parti. Le groupe se forme, on échange des généralités sur la Russie, on raconte nos aventures…
De temps en temps, l’un d’entre nous est appelé, systématiquement le plus proche de la porte. Le groupe entier proteste et énonce l’ordre de passage au Vice-consul, qui ne comprend pas pourquoi nous ne sommes pas en FILE, selon les us et coutumes russes (les russes et résidents en Russie sauront de quoi je parle).

 Après la pause d’une demie heure de son excellence le vice-consul, j’ai accès au saint des saints et dépose en tremblant mon dossier, entre un drapeau de Russie et le Saint Graal : un mini-kremlin en plastique dans une boule de verre neigeuse à secouer.
L’homme est doux et gentil. Tout se passe bien, je rentre en Russie au moment prévu, à temps pour les élections de la Douma.

bookshop.jpg       rivolgersi.jpg

photo : perle de l’esprit des affaires romain

Stuck In Rome

rome.jpgJ’ai quitte temporairement Moscou, devenue une patinoire geante, pour Rome, où il fait en moyenne 20°… Le choc climatique, accompagne du choc bureaucratique. Mon visa, au lieu d’etre pret en 3 jours, ne devrait etre pret qu’en 10 jours… sauf evenement extraordinaire, ou negociation extremement habile de ma part. On en saura plus lundi.

Toujours est-il que je vous conseille vivement de visiter Rome en cette période, c’est la meilleure : il fait bon et vous etes dans le creux de la vague touristique (les toussaints sont partis, les noel ne sont pas encore là).

Viva la pasta e il chianti. Meme si en l’occurrence j’aurai prefere la cantine de mon institut sovietique.

Contemporainement votre

Enchaînement de deux vernissages hier, qui dit mieux ?

Le premier est l’œuvre d’une artiste russe, rousse, échevelée, au pantalon bouffant, au regard inquiet et qui mordille constamment sa lèvre inférieure (assez irritant a la longue). Le personnage fait un peu peur mais son travail est intéressant : elle a voulu reconstituer l’execution du jeune Claus von Stauffenberg, le musicien-terroriste-aristo, auteur d’une tentative d’attentat contre Hitler. Il aurait fêté ses 100 ans cette année, s’il n’avait pas été executé. Le vernissage a lieu le jour même de son anniversaire. Ca casse un peu l’ambiance, mais entre l’artiste ultra-sensible et les airs de Bach qui passent, le tout devient très émouvant.
Victuailles : Brique de vin posee sur le bar, goulot en plastique, chips mous pour l’assemblee, vin italien arrivant direct du Chianti pour nous (je crois qu’elle nous aimait bien).

Une fois fait saluée l’artiste, nous repartons dans les rues enneigées, direction le centre d’art contemporain Winzavod, pour “feter” l’ouverture d’une galerie photo. 15 photos d’un jeune artiste lithuanien sont exposées. Leur impression sur plexiglas donne beaucoup de clarté à l’image… Ne connaissant strictement personne, je passe un quart d’heure devant chaque photo, tout en me retournant de temps pour repondre aux sourires que des individus me lancent par intermittence…
En sortant, je connais les dimensions ainsi que les prix de chaque photo, dans l’ordre, dans le desordre et par ordre alphabetique. J’ai egalement eu le temps de me faire cette reflexion autheman innovatrice en ecoutant la bande son qui passait en boucle : “David Guetta est decidement le maitre.”

Victuailles : vin blanc mousseux, cures-dents sur lesquels sont plantes un gros raisin ogemise et un fromage plastique sans gout.

La soirée se poursuit dans un restaurant sur Tverskaia (je prends une pizza).

Pour terminer sur un petit dessert, voici à quoi ça ressemble, l’art contemporain russe (y’en a pour tous les goûts) :

pict2923-2.jpg    pict2921-2.jpg   pict2920-2.jpg   pict2918-2.jpg    pict2829-2.jpg  pict2824_2.jpg

Exposition « CelloClaus » – Anna Kuznestova. Du 15.11 au 30.11 2007. S’ART Gallery, Semlyanov Val 14/16, Moscou.
www.winzavod.com  

Le 2 decembre prochain

Le 2 decembre prochain (date favorite des autocrates, demandez donc a l’occas’ aux Napoleon I et III), auront lieu les elections legislatives a Moscou. James, photographe pour le NY times, est charge d’un reportage sur la preparation de cet evenement. Dans la plupart des pays democratiques, ou du moins qui se revendiquent comme tels, ces elections se preparent : seduire l’electeur, le persuader par tous les moins legaux possibles. Fetes, parades, meeting publics, tout est bon.

 Ici, James se plaint de n’avoir absolument rien a ne se mettre sous la dent pour alimenter son reportage. Pas un defile, pas un meeting, pas un evenement mediatique. 10 ans apres la chute de l’URSS, la victoire annoncee de la democratie sur l’autocratie n’a finalement pas eu lieu.

Et pourtant, l’histoire nous avait bien prevenus : ce n’est pas en mettant un pays a genoux comme on a mis a genoux la Russie au debut des annees 1990 que l’on cree les meilleures conditions pour l’apparition d’un regime stable et conciliant… (voir vos manuels d’histoire europeenne, 1ere moitie du XXeme siecle). L’autocratie est plus fourbe que ca et moins basique qu’on ne veut le croire, et la democratie est, de son cote, bien compliquee a mettre en place.

United Russia, le parti conduit par Poutine, qui, jusqu’il y a quelques mois n’en etait pas encore membre, est certain de reccueillir au moins 70% des voix. Les observateurs de l’OSCE ont ete renvoyes dans leurs pays confortables, civilises et democratiques ; des petits drapeaux ” Ia lioubliou Rassiou” sont vendus dans les supermarches, a cote des caissieres, entre les kinder et les clopes ; le vote blanc a ete supprime, et Vladimir Vladimirovitch a redonne confiance a une nation qui a toujours prefere sa fierete patriote a son confort, si l’on en croit les differents observateurs des siecles precedents.

Bref, toutes les conditions sont reunies pour une victoire haut la main du parti nationaliste, dirige par un autocrate. Et on ne peut meme pas leur en vouloir !

Ce soir-la, j’irai au Conservatoire de Moscou, ecouter Haydn sous la baguette du grand Rozhdestvensky, qui, je l’espere, couvrira la fureur jubilatoire des nationalistes.

 Le site de Russie Unie

Pour en savoir plus sur Rozhdestvensky : article du Moscow Times. (en anglais)

Un dimanche en datcha 2

A notre grand soulagement, la datcha de notre ami est traditionnelle, toute simple et pleine de charme. Elle date de 1924, date russe historiquement chargée, et n’a qu’un étage. Le rez-de-chaussée est assez haut de plafond, la pièce la plus vivante et la plus chauffée est la cuisine. Le premier étage est bas de plafond et une seule pièce y est chauffée, grâce au chauffe-eau de la cuisine. Un charme rustique et authentique qui plait aux petites européennes que nous sommes, mais que Dima, notre hôte, a hâte de faire détruire et remplacer par une bâtisse plus vivable et pratique.

Nous partons nous promener le long de la rive de la Moskova, qui, ici,  prend des airs de petite rivière de campagne sarthoise de nous bien connue.

Le paysage est désolé. Une longue plaine s’étend devant nous et s’arrête devant une forêt de conifères, masse qui coupe l’horizon dont la couleur oscille entre le vert et le noir. Un troupeau de chevaux profite de l’espace et ajoute un peu de vie au tableau. La nature a cédé devant l’hiver, la plaine est brunâtre, brûlée par les premiers gels, les arbres sont nus et courbés et, depuis les rives, la glace commence son opération de recouvrement.

De notre côté de la rive, c’est une autre histoire : le terrain qui appartenait au haras a été racheté au début de la perestroika, par une banque. La plaine qui longeait la Moskova, et où Dima allait jouer enfant, est vendue. Nous avons encore pu en profiter et faire une jolie promenade animée par une conversation mi-russophone mi-anglophone. Seule une petite dizaine de maisons-palais a déjà été construite, elles ont déjà toutes une jolie histoire : le propriétaire de la grande brune derrière ses hauts murs a été descendu à la kalachnikov quand il sortait de l’office de la cathédrale dont vous apercevez les coupoles dorées au loin, la maison d’en face, avec son architecture asymétrique, n’a plus de propriétaire : celui qui l’a fait construire a été envoyé en prison en Sibérie ; l’autre, avec des petites harpes en bas relief sur les murs, est celle d’un fanatique de musique, et la plus grande est celle d’un homme qui l’avait fait construire pour son fils, mais celui-ci est mort l’année dernière.

Dans la plaine derrière cette mini cité, tous les 100 mètres, nous tombons sur des panneaux « propriété privée, chantier prévu ».  Quel roman ce sera dans 10 ans, lorsque cette lande sauvage aujourd’hui peuplée de quelques bouleaux chétifs mais résistants, sera entièrement construite de maison-palais de brigands !