Archive for December, 2007

L’hiver est long

Les jours se raccourcissent de plus en plus à l’approche du solstice d’hiver. Pendant des jours et des jours, nous n’avons eu qu’une espèce de brouillard gris flottant sur la ville. Pas une once de lumière. Hier, quelques rayons de soleils ont fait honneur de leur présence aux Moscovites le temps d’une matinée…

Tout le monde le dit : les mois de novembre et de décembre sont les plus durs en Russie. Après ça va mieux.

Je ne sais pas de quoi demain sera fait (-léger ça-), mais je peux vous dire qu’en ce moment, Marie et moi, on en a régulièrement marre.

Marre de la nuit, qui tombe à 4 heures. Marre du froid, qui vous prend dès que la nuit tombe, marre des colocs qui prennent trop de place. Marre des cafards qui se baladent dans le lavabo et des hongrois qui hurlent toujours autant. Marre des cours du Pouchkine, trop scolaires et « pas fait pour nous » (on est évidemment au dessus).

Marre de ces trajets d’une heure/une heure et demie en métro, qui nous assomment par leur densité de fréquentation et leur vacarme, marre des prix trop élevés pour ce que c’est, marre du manque d’espace alors que certains appartements sont inoccupés, marre des salaires trop bas, marre de la mauvaise gestion russe, marre des barres d’immeubles, marre des colocs (déjà dit ça non ?), etc.

Bref on en a marre !

 Ça va passer, c’est l’hiver. Hibernons. 

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Librairies Moscovites

Non loin du métro Tchistie proudi se trouve le fameux club Bilingua, qui fait café et librairie,  tout en vendant dans le même bâtiment des vêtements tendance hippy cheap. L’atmosphère studento-artistico-intello de ce café est bien connue de la jeunesse estudiantine moscovite. Les tables sont en bois, la lumière chaleureuse et feutrée, le parquet est vieilli et les murs sont recouverts de livres de la salle principale jusqu’à la mezzanine. Orientation très culturelle, courants postmodernes privilégiés, on y vend quelques unes des dernières publications de Taschen. L’idée est de choisir l’un des ouvrages sur les rayons, et de s’asseoir sur l’une des petites tables de la mezzanine, et de lire, au milieu des intellos solitaires qui n’ont pour seuls compagnons qu’un cendrier débordant de mégots et 3 tasses de cafés vides.

Des concerts ou des débats ont lieu régulièrement. Le service est très lent. On n’est pas chez les intellos pour rien.
Bilingua, Moscow, Krivokolennyi per. 10, build. 1, M.Chistye Prudy

La librairie Respublica a ouvert ses portes il y a un peu plus d’un an sur la Tverskaia-Iamskaia, et s’est depuis multipliée aux quatre coins de la ville. Dans un Moscou surchargé de librairies, il manquait le concept store branché. Un endroit ouvert toute la nuit, où l’on trouve tout ce qui est à la mode : Ipod, gadget électroniques, jeux vidéos des années 80 pour le snobisme, les dernières version des carnets de note Moleskine, etc. L’ambiance y est très acidulée, les couleurs sont fluorescentes, les néons éblouissants. Respublica se remarque et pose sa marque.

La librairie dispose bien évidemment de son café, au deuxième étage, petite pièce toute rose dotée de poufs et de tables basses. Chose plus rare, on y trouve également une salle de cinéma et un petit studio.

Des présentations d’auteur ou des petits concerts sont régulièrement organisés dans l’une des boutiques.
Bookshop “Respublika” Address: Moscow, Pervaya Tverskaya-Yamskaya st., 10. metro “Mayakovskaya”

L’hiver peut donner envie de se replonger dans un bon vieux classique du XIXème français. L’endroit incontournable devient alors la librairie Pangloss. Créée par Emmanuel Durand pour promouvoir la langue française en Russie, la librairie se trouve près du Kremlin. Le désordre est convenable. Dans le fond de la pièce, un petit canapé, sur lequel on peut feuilleter des quotidiens français en retard de quelques jours, tente d’ajouter une touche de convivialité. La plupart des clients sont des francophones : étudiants, professeurs, expatriés. L’intérêt pour les expatriés francophones tient à la présence de nombreux ouvrages sur la Russie en français. On y trouve également toute l’actualité littéraire mais peu de guides sur Moscou.

Le Brésil à Moscou

« Queiro falar pra voce quanto eu sou feliz de ver uma esposiçao sobre o meu amigo, o grande Oscar Niemeyer aqui em Mosca. Oscar é um homem com grande talente, que sempre admirou a Russia ». 

Entendre un brésilien parler au milieu de Moscou c’est comme prendre un leite de coco sur une plage à Deauville. On y est presque, et même si on y est pas, ce n’est pas grave, on s’y croit.

Au vernissage consacré au génie de l’architecture brésilien, qui fête cette année ses 100 ans (et qui n’est pas mort, je tiens à le souligner), le Brésil était présent. Les sourires et la joie de vivre ont remplacé l’humeur maussade, la cachaca a remplacé la vodka (personnellement ch’uis pas contre), et deux accents chantants se rencontrent. Une bonne soirée, et une expo intéressante, pour ceux qui lisent le russe. Elle n’est en effet quasiment constituée que de grands panneaux explicatifs, en russe, et de quelques maquettes.

Le clou du spectacle était le T.shirt de l’un des organisateurs, sur lequel était apposée une bande, et sur cette bande défilait en continu le texte « Oskar Niemeyer ». Un T.Shirt électronique quoi. Ça, ça m’a pas mal intriguée. L’a-t-il fait faire pour ce grand jour ? Fait-il de la pub pour son pote ingénieur à lunette qui vient de déposer le brevet ? Veut-il lancer une mode ? est-ce l’équivalent de mon manteau rouge (i.e l’accessoire sans lequel on se sent invisible et inutile) ? Je n’sais pas… je n’sais pas, mais ça pose des questions comme qui dirait.

Exposition Niemeyer au MYAR, du 17 décembre 2007 au 17 janvier 2008

  

Les battements de chœur de Moscou

Le rapport de Moscou à la musique est passionnel, charnel, intégral. Balalaika, culte de la personnalité des grands chefs d’orchestre, danseurs ou musiciens, 15 opéras proposés chaque semaine, concerts de rue par -20°C, places à 50 roubles (1,50 euros) dans les plus grandes salles… Ce n’est pas un mythe, Moscou aime la musique et on ne peut y échapper.

2 séances d’opéras, deux expériences différentes dans la même salle.

Le premier soir, ma première fois aussi dans un opéra russe, j’achète mes billets un mois à l’avance et tente de retenir la trame, histoire de ne pas me retrouver complètement larguée. Nous allons voir la Dame de Pique, nouvelle de Pouchkine-le-grand mise en musique par Tchaïkovski. Histoire tragique d’une reine possédant un secret aux cartes et d’un officier obsédé par ce secret. Il meurt à la fin.

3 heures de spectacle. Les russes sont en habits de gala, le buffet de l’entracte n’est pas mauvais. Nous étions à deux jours des élections, les security men sont over stressed.

Nous ressortons assez épuisés de cet opéra, mais ravis. Décors superbes et quelques airs enjôleurs, notamment dans le second acte. Les babouchkas, en robes longue épousant leur forme ronde, sont en pleurs (oui, le héros meurt à la fin) et ne se calmeront que dans la file du vestiaire.

Deuxième séance, pas plus tard que samedi dernier. Invitée à la dernière minute par une amie russe (rien que ça, c’est un événement), pour aller voir (encore) un conte de Pouchkine-le-bel, mis en musique cette fois par Rimski Korsakov. Samedi après-midi, à l’opéra, c’est journée enfant. Un peu comme le mercredi après-midi sur TF1 (hum).

Et c’est une bonne surprise, les journées enfants à l’opéra ! D’abord ça coûte 50 roubles, ensuite ça donne un spectacle très enlevé, haut en couleurs et très divertissant. Pas besoin d’apprendre le livret par cœur, ma copine russe me traduit tout.

J’en sors en ayant une nouvelle activité en tête : essayer d’intégrer le chœur d’un opéra. Rien de mieux pour apprendre la langue. Nan ?

Théâtre Stanislavski

Intelligence Russia

les_lettres_fr_fr.gifUne vraie analyse politique, loin des cliches journalistique europeens, et connaissant son sujet sur le bout des doigts, c’est impressionnant et francais (!)

 www.russia-intelligence.fr

Pour ceux qui sont vraiment interresses par la Russie politique, celle des oligarques, des gouverneurs, du petrole et des questions structurelles, n’allez pas plus loin.

Moi je vais me coucher.

Les bottes ont la cote

couple de bottesLongues surtout, talons haut de préférence, la botte est l’accessoire essentiel à Moscou. Hors du pantalon, pour des raisons esthétiques en été, pratiques en hiver ; bottes de cuir, en daim, fourrées, à bout pointu, à bout carré, il y en pour tous les goûts, tous les styles.Dans le métro, meilleur observatoire moscovite, c’est un défilé, une valse en continu. La botte est de cuir rouge, assortie aux gants et au béret. Lorsque les jours se rafraîchissent, elles s’élargissent et sont fourrées. Leur mission se dedouble : elles doivent tout autant protéger leurs propriétaires du froid, que résister à tous les produits utilisés pour faire fondre neige et glace dans Moscou.

Ces jours-ci, la température s’est légèrement réchauffée. Devant moi, les bottes remontent au dessus des genoux, bout pointus, en daim noir, elles abritent les jambes d’une longue jeune fille. Visage fin, peau translucide, ses grands yeux gris somnolants lui donnent un air felin. Ses longs cheveux noirs se confondent avec son manteau de fourrure, noir lui aussi. Seul son rouge-à-lèvres éclate dans l’ambiance jaunâtre de la rame de métro.

A côté de la feline, deux grosses bottes de cuir, 8 cm de hauteur, bout rond et boucle metallique sur la partie supérieure. La jeune fille est grande, blonde, piercée, l’air volontaire. Leur seul point commun : leur peau diaphane. Elle s’est affalee sur la banquette, enfoncee dans son blouson de cuir, Ipod a fond, pas interet de la deranger celle-la…

Si l’habit ne fait pas le moine, les bottes font la femme, croyez-en mes conclusions empiriques du metro de Moscou.

La porte russe

Apprendre le Russe, c’est comme se donner la clé qui ouvre sur l’univers infini russe. Sauf que cet univers infini est très, très bien gardé. Outre la croisade que représente l’acquisition d’un visa, la porte « langue russe » est lourde. Très lourde.  

Au bout de 3 mois vous arrivez à peine à l’entrouvrir, et vous en êtes fier ! He he, maîtrise de l’accusatif, du génitif et de l’aspect des verbes, pardon mais ce n’est pas donné à tout le monde.

Votre porte est entrouverte, de votre lorgnette vous apercevez des titres de romans, vous entendez de loin quelques bouts d’opéras et percevez quelques bribes de commentaires politiques.

Quand soudain, un russe passe. Chance ! vous dites-vous, parce qu’au fond, il n’y a que lui qui peut vous l’ouvrir cette satané porte. Vous tentez votre chance et lancez quelques mots dans sa langue natale.  Et là, et ça ne loupe pas, c’est de l’ordre du phénomène récurrent, le russe en question, gentil ou pas, vous renvoie systématiquement la porte a la figure, vous la claque au nez et la referme a double tour.

A ce moment là, vos radeaux de sauvetage sont ces français, belges, anglais, italiens qui sont là depuis 10 ans (il y en a beaucoup, j’ai l’impression que dans ce pays, on reste ou 1 an ou 10 ans, pas d’entredeux), et qui parlent, pour la plupart, couramment. On évite à tous prix l’exemple inverse du français là depuis 10 ans qui n’aligne pas un mot (y’en a beaucoup aussi…). Ils vous redonnent du courage, un ptit coup de cognac, et c’est reparti. Vous vous y replongez de plus belle, jusqu’au passage du prochain russe et ainsi de suite.

 La seule bonne nouvelle dans tout ça, c’est que tout à coup, sans vous en rendre compte, vous avez chaque fois entrouvert la porte un peu plus…