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grandeur dechue – faire part

le grand, le beau, le celebre Diaghilev a brule jeudi dans l’apres-midi, la veille d’une soiree organisee par l’ambassade de Chine .

Le Diaghilev, pour les nouveaux venus (qui peuvent, du coup, repartir chez eux), c’est le “kilometre 0” des clubbers moscovites, et le symbole meme du Oil boom. Un endroit ou une table vaut au moins 10 000 dollars, ou le face control est plus intraitable que jamais, ou ne rentrent que les plus riches et taciturnes, accompagnes des plus longues et fines.

Le mythe… devra laisser la place a un autre. Qui reprendra le flambeau ?

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La Russie eternelle

Le photographe russe Mukhin est actuellement exposé à la petite Galerie Solianka, en partenariat avec CM ART.

Un peu à la manière de Cartier Bresson, ses photos retracent une Russie vivant sa transition, en jouant sur les regards, les tranches de vie, les attitudes prises sur le vif, les nombreuses contradictions visuelles qu’offre Moscou actuellement.

Deux hommes, pris sur le vif, imper et stetson, au regard à la Clark Gable devant un grand magasin russe. Ou encore, une autre photo montrant un immense panneau publicitaire vendant des bijoux de luxe, le mannequin de la photo a la peau mat et le regard de braise, en dessous de cette affiche, sur la place du manège un type, casquette et cigarette au coin des lèvres, vend ses journaux dans 10 cm de neige (cliché pendant le fameux hiver 2005).

Puis une de mes préférées : Saint Basile trône dans le fond, au premier plan des jeunes militaires russes, la peau rougie par le froid, cèdent le passage à une jeune fille sortant d’un petit baraquement en bois traditionnel, le tout dans 10 cm de neige (toujours et encore ce fameux hiver 2005) : la Russie éternelle / saint Basile, le froid, la neige, l’armée, les femmes… tout est dit.

Beaucoup d’autres photos encore… certaines un peu « faciles », d’autres extraordinairement réussies. Le tout donne un tableau léché mais sensible de la Russie d’aujourd’hui. Le parti pris est doux et non provocateur, ce qui, en matière d’art contemporain russe, repose les yeux et les esprits.

Au passage, un site très bien informé et très au fait de l’univers de l’art contemporain en Russie: www.izo.com

Igor Moukhin, du 25 janvier au 17 fevrier 2008. Galerie Solianka, Ul. Solianka, 12. Moscow

Le flou et l’honneur

Le flou total… nous sommes plongés dans le flou.

Le schéma climatique en ce moment c’est : neige épaisse durant la nuit, (ravissement du matin, ça ne loupe pas), fonte pendant la journée, et traîtres flaques d’eau, gel la nuit suivante, dangereuse patinoire le lendemain. La randonnée vers le métro se transforme en une marche aux pas réduits par les disparités du terrain glacé sous nos pieds.

C’est un peu « Martine la chinoise se rend au métro à Moscou ».

Les sujets de conversations favoris traitent donc du fameux hiver d’il y a deux ans, où le thermomètre avait atteint -35. On vous le sert à toutes les sauces, à vous, pauvre bleu, qui ne savez pas ce que c’est. «  ah oui, mais nan, là c’est pas le vrai hiver. Il y a deux ans, on a eu -35 ! tu te rends compte ! et j’y ai survécu. »

La première fois, vous entendez ça au mois d’août, vous ouvrez de grands yeux, mi-envieux (woaw ça c’est l’aventure) mi-surpris, en vous demandant comment vous réagiriez si ça devait vous arriver.

La deuxième fois, en septembre, vous vous dites… tiens j’ai déjà entendu ça quelque part… but where ?

La troisième fois, au mois d’octobre, vous ne pouvez plus le sentir cet hiver 2005, et vous attendez impatiemment l’hiver 2007 pour avoir quelque chose à leur répliquer à ces anciens.

Et la quatrième fois…. Fin février. Les températures n’ont pas été plus loin que -15. Votre chance est passée, vous êtes condamné à passer un deuxième hiver à Moscou pour pouvoir, vous aussi, déclarer que « vous connaissez les vrais hivers russes ».

Alphabet, typographie et pouvoir

Un peu de culture, s’il vous plait – merci.

Le choix d’un alphabet et d’une typographie n’est en rien laissé au hasard. Ainsi, si l’on en croit les affirmations du célèbre slaviste Georges Nivat analysant la pensée de Nicolas Troubetskoy, l’alphabet cyrillique résulte d’un choix pratique : c’était le seul à pouvoir transcrire les sons gutturaux, les oppositions de timbres qui font la singularité des langues slaves. Chose inexistante en Europe de l’ouest : à l’époque où le biélorusse s’écrivait en alphabet latin, sous l’influence des polonais, il demandait 1,5 espaces écrits en plus de ce que lui aurait permis l’alphabet cyrillique.

Cet alphabet cyrillique et cette opposition de timbre ont déterminé l’empire russe.

Non seulement un alphabet définit-il un empire, mais une typographie peut également accompagner et aider le pouvoir.
Ainsi, selon le designer Yuri Gordon, il y existe aujourd’hui environ 4000 polices en Russie. Ça représente 1/10ème du nombre de polices pour l’alphabet latin, mais 100 fois plus que lors de la période soviétique, où il n’en existaient que 20.

Ces typographies étaient un des nombreux instruments d’organisation du régime, il y en avait une pour chaque fonction : une pour les livres d’écoles, un pour les journaux, une pour les documents officiels, etc. 

La police « literaturnaya » dominait le monde de l’impression. Un peu l’équivalent de notre « helvetica », elle avait été imaginée par les allemands au 19ème siècle et adoptée en Russie parce qu’elle signifiait une sorte d’élégance germanique.  

Pour le pouvoir soviétique, leur première qualité résidait dans le fait qu’elles étaient économiques, et pouvaient être imprimées sans bavures sur toutes sortes de papiers de mauvaise qualité.

Effet direct sur la population, si l’on en croit Yuri Gordon : « Je suis sérieux quand je dis que lire Literaturnaya avait un effet aliénant (zombifiant) : la forme du texte évoquait la marche continue vers le Communisme, la futilité d’un regard individuel sur la vie. C’était un instrument de Big Brother, et un des plus dangereux puisque peu en remarquaient les effets ».

Aujourd’hui, la police Izhitsa est celle qui ressemble le plus aux origines, remontant à Pierre le Grand, de l’alphabet cyrillique actuel. Cette typographie contient une résonance locale et son utilisation concourt souvent avec une période de repli sur soi de la part de la Russie.

Ainsi, après la crise de 1998, certains produits, tels que qu’une marque de beurre finlandais, ont retirés leurs produits des magasins russes et les ont replacés quelques semaines plus tard avec des logos de police Ishitsa.

Les multiples et insoupçonnées voies du pouvoir…

Le cafe theatre de la transition

Dom art teatr, banlieue nord est de Moscou,  le vent venu de Siberie fait voler la neige gelee. Les baches des echaffaudages du New Moscow claquent, mes oreilles gelent.

Je me dirige avec l’excellent saxophoniste Serguei Letov et Nicolas, compositeur et saxophoniste egalement, vers une petite maison aux allures 70s.

Poussons la porte de cette baraque sans pretention, et sommes accueillis dans un petit bar eclaire au neon, par une dame en robe longue motif panthere, moulant ses rondeurs, cheveux teints en blonds, levres bleuies par le vin, et clou du spectacle, diademe de strass vicé sur le crane. Son compagnon a une taille de moins qu’elle, en longueur et en largeur, petite moustache et costume gris-vert trop grand. Il se noie dans les rondes taches de la panthere qui l’enlace et l’engloutit, le couple est parfait…

au fur et a mesure que nous avancons, un type avec un tricorne et une autre robe longue arrivent vers nous, puis un poete maudit, entendant que nous sommes d’illustres etrangers, des intellectuels, nous accoste. Grand, maigre, costume trois pieces avec veston rouge, il nous offre et nous dedicace gracieusement son dernier recueil de poesie, apres m’avoir fait un baise-main d’une duree approximative de 137 secondes.

Des dingues. notre compagnon nous previent qu’ils sont tous un peu pazzi (en italien dans le texte), et court se jeter dans les bras de la proprietaire, une forte dame, avenante et sympathique, qui rit continuellement. elle a l’air heureuse de nous compter parmi ses clients.

Serguei nous avait invite, Nicolas et moi, dans ce bar pour ecouter de la musique. Si tot la proprietaire embrassee, nous entendons sa voix sur la scene du petit cafe thatre : “surprise pour vous ce soir : des invites de marque: Sergiocha et un exceptionnel compositeur francais, venu vous improviser un morceau rien que pour vous cher public, etc.”

La tete de Nicolas…

La bonne surprise, -pour nous, dans tout ca- c’est qu’en braves guest stars, nos deux amis passent les derniers. Defilent alors, en attendant, toutes sortes de poete et chanteurs sans voix, qui ne sont autres que toute l’assistance ici presente.

L’ambiance est cependant bonne enfant et receptive. Le public accompagne les “artistes” et accroche au moindre vers ou melodie bien tapés…

la performance de Serguei et Nicolas sera tres applaudie et saluée par l’offre de shots de vodka.

La semaine prochaine si ca vous interresse, le meme bar organise un festival autour de Bertold Brecht… 

Site de Serguei Letov

NB : cafe theatre de la transition : des petits airs sovietiques, melanges au gout de l’art et de l’expression, au besoin d’etre ensemble de ces gens qui sont entrain de vivre cette fameuse periode transitoire et doivent se retrouver des reperes. La musique, la poesie, le contes, en sont quelques uns , le cafe theatre est donc egalement l’un de ces reperes (au sens propre et figuré).

le teen movie a la sauce russe

Nulevoy kilometr“Primiére” ce dimanche soir au Dom Kino, pour le nouveau film du chouchou des adolescents russes, Pavel Sanaev.

Le film s’appelle Kilometre 0, du nom du point touristique situé devant la place rouge, que les inities reconnaitront.

Tout commence a Moscou, tout se termine a Moscou.

Pavel Sanaev dispose d’un exceptionnel pedigree : outre le fait qu’il soit ne le meme jour que moi (vivent les lions !), il est le petit fils d’un réalisateur celebre des années 30, le fils d’une actrice celebre des annees 70 et le beau-fils de la star soviétique Rolan Bykov. Ça fait du monde pendu aux branches, et ça n’empeche pas son style d’être extremement leger et dynamique, c’est d’ailleurs ce qui en fait sa carte de visite.

Le garcon a tout compris aux teens movies americains – y’a qu’a voir l’affiche- : de beaux acteurs, celebres parmi le jeune public (donc venant de la television), des decors qui font rever les moscovites :i.e de superbes appartements refait a neuf donnant sur le Kremlin ou la Moskova, l’interieur de la forteresse imprenable, alias le Diaghilev, et les nouvelles datcha facon palais neo-gothique. Saupoudrez tout ca d’une histoire d’amour, de magouilles a la Russe pour l’intrigue (mettre des produits radioactifs dans les appartements des babouchkas pour les faire fuire et recuperer cette mine d’or ensuite – les meilleures affaires a Moscou se font dans l’immobilier), et le tour est joue.

Le rythme est soutenu, la fin cynique et desabusée concernant les criminels, toute de fleurs bleues sertie concernant le couple d’amoureux, mais surtout, surtout, Moscou y est extrement bien filmee. Les couleurs invraisemblables que l’on peut y admirer en ete y sont tres bien rendues, et la premiere image de lever de soleil facon “safari au Kenya”dit tout. Le realisateur sait jouer avec la richesse que lui offre l’urbanisme moscovite, desordonne, mais tellement inspirant… c’est rare de voir Moscou sous cet angle, et ca fait du bien.

Jouez hautbois !

        silhouette Metro     Sretenski Boulevar   metromusee.jpg sretenskienmarche.jpg

La station Sretenski Boulvar, sur la ligne vert clair pour les connaisseurs, est la petite derniere de la grande famille des stations de metro moscovites.

Et c’est un veritable evenement. Tout est mieux, tout est beau, tout brille. Une odeur de proprete et de neuf vous envahi des le debut de l’escalator qui y descend. Pas une odeur de peinture acryllique, non !  mais bien une odeur de jouet neuf, de nouveaux meubles et de nouvelles chaussures. Comme quand on deballe un nouveau gadget.

A la difference des stations modernes eloignees du centre, celle-ci est au coeur de Moscou et se doit donc d’etre presentable. Termines les marbres rouges et noirs, les ouvriers sovietiques, leur ukrainiennes charnues et autres lustres hypers charges, place au hi-tech, a la legerete, au minimalisme… non-voulu, puisque c’est a cause d’un cout trop eleve que les architectes du projet n’ont pas rajoute leur 30 gigantesques statues de granit, prevues a l’origine a chaque pilone…

Et ca marche ! Malgre quelques installations un peu lourdes et chargees, l’ambiance est lumineuse, les silhouettes humaines sur fond noir sont aeriennes, meme l’eglise reprend sa place, avec la cathedrale de l’assomption qui apparait en filigrane sur l’un des panneaux.

Les russes s’y promenent comme dans un musee, les babouchkas menageres en ont fait leur chouchoute. A croire qu’elle sont attirees par la proprete de l’endroit (paradoxe…), elles tiennent des conciliabules sans fin autour de leur cireuse, en prenant des airs importants, comme si tout ca, au fond, etait leur propriete privee.